Savez-vous qui possède vos clubs de football préférés ?
Sur les dix-huit clubs de l’élite française, treize sont détenus par des capitaux étrangers. Cette détention pose une question essentielle et éthique : quelles sont les intentions de ceux qui veulent investir dans le football mondial ?
Certes, les promesses peuvent être multiples pour les supporters : hausse du budget consacré aux transferts, amélioration des infrastructures (du centre de formation au stade) ou encore possibilité de sauver un club au bord de la faillite. Mais le football est avant tout un business. Investir dans un club de football relève rarement d’une opération rentable à court terme. Entre les salaires, les transferts et les coûts de fonctionnement, de nombreux clubs peinent à équilibrer leurs comptes. Pourtant, les investisseurs continuent d’affluer. Une contradiction qui invite à regarder au-delà des seuls résultats financiers pour comprendre ce qu’ils viennent réellement chercher dans le football. Car les motivations sont multiples.
L’image de marque
La marque de boisson énergisante Red Bull illustre parfaitement l’omniprésence d’une marque dans le monde du sport. En Formule 1, elle possède sa propre écurie - dont fait partie le célèbre pilote Max Verstappen. Mais Red Bull est également très présente dans les sports individuels et freestyle : le ski, la Moto GP, le plongeon de haut vol… Bref, la marque ne se contente plus d’être un sponsor, elle s’impose comme une actrice à part entière.
Son entrée dans le football remonte à 2005 avec le rachat du futur club du RB Salzbourg pour un montant annoncé de 8 millions d’euros. Depuis, le club a remporté 14 championnats d’Autriche, de 2007 à 2023, ainsi que 9 Coupes d’Autriche. Il a notamment gagné le championnat dix saisons consécutives entre 2014 et 2023.
La sphère Red Bull regroupe aujourd’hui plusieurs clubs prestigieux, parmi lesquels le RB Leipzig en Allemagne, les New York Red Bulls aux États-Unis ou encore le club brésilien de Red Bull Bragantino, lié à la marque depuis 2019. Champion de Série B brésilienne dès 2019 et accession en Série A, ce dernier atteint ensuite la finale de la Copa Sudamericana en 2021.
Red Bull est aussi un actionnaire minoritaire au sein des clubs de Leeds United en Angleterre et du Paris FC en France aux côtés de Bernard Arnault.
Red Bull ne cherche donc pas à promouvoir son image de marque au hasard, mais s’appuie sur une véritable stratégie. En investissant dans plusieurs clubs et en les accompagnant dans leur développement, la marque construit un réseau qui lui permet de renforcer sa visibilité tout en assurant la progression sportive de ses équipes.
Abuser de son soft power
C’est l’un des propriétaires les plus connus du football mondial. Derrière lui, ni une marque comme Red Bull, ni un milliardaire en quête d’un nouveau projet, mais un acteur étroitement lié au Qatar.
Nasser al-Khelaïfi, entrepreneur qatarien, ministre d’État et ami de l’ancien prince héritier du Qatar, est aujourd’hui président de multiples entreprises telles que Qatar Sports Investments, la Fédération de tennis du Qatar et beIN Media Group.
Mais il est surtout le président-directeur général du Paris Saint-Germain. En effet, le 30 juin 2011, le groupe qatarien rachète 70% des parts à Colony Capital, un fonds d’investissement américain, et en devient alors l’actionnaire majoritaire. Très vite, cette acquisition prend une dimension politique. En novembre 2010, Nicolas Sarkozy reçoit à l’Élysée Michel Platini et le prince héritier du Qatar, seulement quelques jours avant le vote pour l’attribution de la Coupe du monde 2022. Le projet du rachat du PSG par des investisseurs qatariens aurait notamment été évoqué lors de cette rencontre. Quelques mois plus tard, Qatar Sports Investments prend le contrôle du club parisien. Cette proximité entre football, investissements et diplomatie a depuis alimenté les interrogations, sans qu’un accord entre les différentes parties ait été démontré.
Depuis, le PSG bénéficie d’une situation financière particulièrement favorable. Résultat : le club a ainsi dépensé plus de 2 milliards d’euros en transferts entre 2011 et aujourd’hui. Des stars mondiales telles que Zlatan Ibrahimović, Neymar Jr, Messi ou encore Mbappé ont porté les couleurs du club et foulé la pelouse du Parc des Princes.
Le Qatar bénéficie de fait d’une visibilité internationale grâce au PSG et à ses nombreuses collaborations, qu'il s’agisse du sponsoring de Qatar Airways ou des tournées organisées dans l’émirat, au cours desquelles les joueurs participent à des entraînements et rencontrent les supporters. Ces déplacements permettent au pays de s’appuyer sur la popularité mondiale du club et de ses joueurs pour promouvoir son image et son tourisme.
Le pays est ainsi passé de la 31e place mondiale en matière de soft power en 2020 à la 20e en 2026. Le PSG s’inscrit donc dans une stratégie plus large où le sport participe à la visibilité et à l’influence internationale du Qatar. Le rachat profite à la fois au club, grâce aux 2 Ligues des champions remportées, et au Qatar, dont le rayonnement international s’étend au-delà de ses frontières grâce au football.
La multipropriété
Ces dernières années, la dimension de la multipropriété dans le football a énormément augmenté. Entre 2021 et 2025, le nombre de clubs concernés est passé d’environ 156 à 400, soit une hausse d’environ 156 % en quatre ans. Comment expliquer un tel bond ?
Cette stratégie présente plusieurs avantages pour un groupe de clubs, qui peuvent notamment se prêter des joueurs entre eux ou faciliter leurs transferts d’une équipe à une autre. Savinho, footballeur international brésilien, illustre le fonctionnement de la multipropriété dans le football. Recruté par Troyes en 2022, membre du City Football Group, il n’y joue aucun match officiel et est prêté successivement au PSV Eindhoven puis à Girona en 2023, un autre club du groupe. Après une très bonne saison en Espagne, il rejoint Manchester City en 2024, également propriété du City Football Group. Son parcours montre comment un groupe peut recruter un jeune joueur, favoriser sa progression au sein de plusieurs clubs de son réseau puis l’amener jusqu’à son club principal.
L’exemple de Manchester City est le plus emblématique de cette stratégie. Le City Football Group compte aujourd’hui 12 clubs dans son réseau, parmi lesquels Manchester City, Girona, Troyes, Palermo, New York City FC, Melbourne City, Bahia et Lommel. Car l’intérêt d’avoir des clubs répartis dans le monde est avant tout d’être présent sur plusieurs marchés du football. Le City Football Group peut ainsi repérer et recruter des jeunes joueurs dans différentes régions, puis les faire progresser au sein de son réseau. Cette présence internationale contribue également au développement de sa marque, à l’attraction de sponsors locaux et à l’augmentation du nombre de ses supporters. Enfin, la diversification géographique de ses investissements lui permet de limiter sa dépendance à un seul championnat.
Toutefois, ce principe de multipropriété est vivement critiqué par certains supporters qui affirment avoir peur de perdre l’identité du club ou de voir partir les jeunes talents qui auraient grandi dans leur club. Les transferts sont également parfois arrangés, on parle alors de « transferts controversés ». Le cas de Watford et de l’Udinese en est un exemple et a beaucoup fait parler. Lors de la saison 2012-2013, Watford reçoit 10 joueurs prêtés par l’Udinese, les deux clubs appartenant à la famille Pozzo. Une pratique jugée abusive par certains supporters et qui conduira les instances du football anglais à modifier leur règlement.
La multipropriété peut donc présenter des avantages, notamment sur le plan financier ou en matière d’aide sportive. Mais les risques de perte d’identité et les controverses liées aux transferts entre clubs d’un même groupe soulèvent une question : est-ce réellement un gain pour le football mondial ?



