Le marathon : une distance de légende(s)
De la légende antique aux Jeux olympiques, la distance du marathon s’est façonnée au fil des siècles, jusqu’à atteindre les fameux 42,195 kilomètres. Mais pourquoi précisément cette distance ? Spoiler : elle n’a rien à voir avec l’exploit de Philippidès.
C’est à ce malheureux dont l’existence même demeure incertaine que l’on devrait l’une des plus célèbres épreuves d’endurance au monde. La légende raconte qu’après la victoire des Grecs sur les Perses à Marathon, en 490 av. J.-C., un messager aurait parcouru les quelque quarante kilomètres jusqu’à Athènes pour annoncer la bonne nouvelle, avant de mourir aussitôt son message délivré.
Du moins, est-ce ainsi que l’histoire nous est parvenue, car aucune source antique ne relie avec certitude cette course à Philippidès. Dans le livre VI de ses Histoires, au Ve siècle av. J.-C., Hérodote raconte qu’un messager athénien nommé Philippidès fut envoyé à Sparte, à plus de 220 kilomètres, pour demander de l’aide avant la bataille de Marathon. S’il ne précise pas explicitement qu’il courut jusqu’à Sparte, son arrivée dès le lendemain de son départ, conjuguée à son statut de coureur de longue distance, le laisse supposer. En revanche, Hérodote ne mentionne ni course jusqu’à Athènes pour annoncer la victoire, ni mort du messager à son arrivée.
Le récit du messager mourant apparaît plus tard, chez Plutarque, au Ier siècle apr. J.-C., dans La Gloire des Athéniens. Mais celui-ci ne nomme pas Philippidès : selon les traditions qu’il rapporte, le messager se serait appelé Thersippos ou Euclès.
Ainsi, au fil des siècles, deux récits distincts finissent par se confondre. Ce n’est qu’au IIe siècle que Lucien de Samosate associe explicitement le nom de Philippidès à la course de Marathon à Athènes et à l’annonce de la victoire dans son ouvrage L’Histoire véritable.
En 1879, le poète britannique Robert Browning achève de populariser cette histoire avec son poème Pheidippides, dont les derniers vers font mourir le coureur dans un ultime cri de victoire : « Athènes est sauvée ! »
L’histoire est belle, mais sa réalité demeure incertaine. Certains spécialistes relèvent d’ailleurs qu’un exploit aussi mémorable, au regard de l’importance de Marathon dans l’histoire grecque, aurait probablement laissé davantage de traces dans la littérature antique.
Quant aux 42,195 kilomètres du marathon moderne, leur origine est tout autre.
Aux premiers Jeux olympiques modernes, en 1896, la course mesure environ 40 kilomètres. Mais en 1908, à Londres, le parcours est modifié pour permettre aux enfants de la famille royale d’assister au départ, donné au château de Windsor. Le roi Édouard VII exige ensuite que l’arrivée soit déplacée au pied de sa loge, dans le stade de White City. De ces arrangements naît une distance de 42,195 kilomètres, qui ne sera officiellement adoptée qu’aux Jeux olympiques de Paris, en 1924.
Après tant de siècles de traditions et d’études historiques, difficile de croire que la distance mythique soit le fruit d’un caprice royal.
Photo principale : Jorgen Hendriksen/Unsplash



