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Romantisme ou romantisme ?

  • Céline Leger
  • 2 mars
  • 3 min de lecture

Quand on vous dit romantisme, vous pensez sûrement soit aux tableaux tumultueux de Delacroix et aux vers puissants d’Hugo, soit aux roses rouges et à la Saint-Valentin. Et dans les deux cas, vous avez raison : le romantisme, c’est aussi bien l’un que l’autre. Mais alors, est-ce une simple coïncidence, un homonyme attribué par hasard à l’un des plus célèbres courants artistiques du XIXe siècle ainsi qu’à la célébration du sentiment amoureux ? Ou existe-t-il un lien bien réel entre les deux définitions ? (vous vous doutez bien que si l’on en parle, c’est qu’il y en a un…)


Eugène Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827, huile sur toile, Musée du Louvre 
Eugène Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827, huile sur toile, Musée du Louvre 

Aux origines du romantisme : un mouvement artistique 


Le mot « romantisme » apparaît à la fin du XVIIIe siècle, issu de l’anglais romantic, qui signifie « ce qui est caractéristique du roman ». En France, l’un des premiers à l’utiliser est Rousseau dans les Rêveries du promeneur solitaire, pour parler d’un paysage pittoresque et touchant, comme un roman. En Allemagne, à la même époque, on l’emploie plutôt pour désigner la poésie inspirée des chants de troubadours, par opposition à la poésie gréco-romaine. On arrive donc peu à peu à une rupture entre le « (néo)classicisme » à l’Antique, et ce tout nouveau « romantisme ». 


Plusieurs romantismes se développent alors en Europe, mais toujours selon les mêmes caractéristiques : l’attrait pour la nature, la recherche de l’imagination poétique, et l’intérêt pour les mythes et les symboles. En somme, tout l’inverse du néoclassicisme qui imposait des règles strictes, une mesure rationnelle, et la recherche de la vraisemblance et de la bienséance. 


Si les néoclassiques voulaient imiter l’Antique, par esprit d’opposition, les romantiques se tournent vers le Moyen Âge. Au placard l'Iliade, l’Odyssée, et les Métamorphoses : c’est le grand retour des tragédies shakespeariennes, des légendes d’Ossian, et de la Divine Comédie, autant de récits dont s’inspirent les artistes pour traduire le trouble d’un XIXe siècle marqué par les changements de régimes politiques. 


Poètes, dramaturges, peintres et sculpteurs se réapproprient les mythes pour mettre en scène les sentiments violents qui les agitent. En 1819, Géricault peint Le Radeau de la Méduse, en 1827, Hugo publie Cromwell, et en 1828 Nerval traduit Faust de Goethe. Toutes ces œuvres partagent un même objectif : exprimer les passions, et pas toujours les meilleures.


Mais quel rapport avec la définition actuelle du romantisme ?  


Le  romantisme, la rêverie, et la fascination pour la nature


Parce que les artistes ne s’intéressent pas qu’à la souffrance et la cruauté, les émotions amoureuses sont aussi à l’honneur, de même que l’attrait pour l’ailleurs et l’ouverture à l’autre. La rêverie occupe une place centrale, souvent associée à la mélancolie et la contemplation du monde. Byron rédige le Pèlerinage de Childe Harold en 1813, Friedrich peint Le Voyageur contemplant une mer de nuages en 1818, et Lamartine publie ses Méditations poétiques en 1820. L’homme fait face à une nature tant captivante qu’indomptable, source principale de son inspiration. Ils explorent les thèmes du voyage et de la quête de soi-même dans des paysages sublimes qui suscitent la fascination du public. 


Pour comparer la vision de ces artistes à la nôtre, le Larousse définit aujourd’hui ce qui est « romantique » comme  « ce qui, par nature, touche la sensibilité et l’imagination, invite à l’émotion et à la rêverie, à l’expression des sentiments ». Ce romantisme, c’est donc celui de la fougue, de la victoire des passions sur la raison, de la subjectivité, de l’individualité. 


De là, on se rapproche déjà du romantisme comme expression de l’amour, non ? 


Comment « romantique » est entré dans le langage courant 


L’héritage que laissent ces œuvres dans le langage courant, c’est qu’un romantique est celui qui se laisse emporter par ses sentiments, bons ou mauvais, comme les héros des récits. On retient l’image de la jeunesse romantique comme celle qui se passionne pour l’imaginaire et l’utopie, celle qui a soif de découverte et de renouveau. Aujourd’hui, lorsqu'on on emploie « romantique » au sens commun, c’est surtout pour désigner quelqu’un qui rêve d’amour et exprime son affection par des gestes tendres, des poèmes, des mots doux… Un peu plus éloigné, certes, mais pas complètement faux. 


L’évolution du terme « romantisme » vient aussi de celle de « passion » : tiré du latin passio, « action de souffrir », le mot nous évoque aujourd’hui plus un sentiment amoureux ardent qu’un véritable supplice. Alors, si désormais un romantique, c’est celui qui exprime sa passion, et que l’on entend surtout par là la passion amoureuse : un grand romantique, c’est un grand amoureux ! 


Quoi qu'il en soit, si vous êtes un romantique éperdu, soyez-en fier, les plus grands artistes l’étaient aussi avant vous. 




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