« Les pays scandinaves sont les rois de la transition écologique ».
- Lucie Darmagnac
- 9 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 déc. 2025
image de couverture / ©Daniel Sessler
Que ce soit dans les secteurs de l’éducation, de la mode, de la santé, du sport ou encore du numérique, les pays scandinaves sont considérés comme des modèles à bien des égards. L’écologie n’y échappe pas : c’est souvent avec un œil admiratif que l’on regarde, depuis la France, les politiques climatiques ambitieuses mises en place par les pays nordiques. Mais sont-ils vraiment des exemples à suivre ?
Les pays scandinaves ont été les premiers à instaurer une taxe carbone : la Finlande en 1990, la Norvège et la Suède en 1991 et le Danemark en 1992. Depuis trente ans, ils luttent pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), et ont aujourd’hui pris des engagements de grande ampleur : le Danemark a décidé de couvrir au moins la moitié de sa consommation énergétique grâce aux énergies renouvelables d’ici 2030, la Finlande souhaite utiliser 30 % d’énergies renouvelables dans le transport routier d’ici-là, et l’Islande veut devenir le premier pays au monde 100 % vert à l’horizon 2050.
De grands projets, sans équivalents dans le reste de l’Europe. De plus, toutes ces populations accordent une attention marquée aux futures générations, en faisant de l'éducation et de la protection de l’enfance une priorité : comment s'investir pleinement dans le développement de ses enfants sans se soucier du monde dans lequel ils vivront ?
Les avancées de ces pays en matière d’écologie sont les résultats de stratégies politiques impliquant pouvoirs nationaux et locaux, firmes et populations. Elles s’expliquent aussi par les ressources naturelles importantes qu’ils possèdent : en Norvège et en Islande, par exemple, les glaciers sont la source de nombreuses rivières pourvues de chutes d’eau et d’un débit important, ce qui a permis aux deux pays de développer massivement leur production d’énergie hydraulique. Le Danemark, lui, a fait dès les années 1970 le choix de l’éolien, d’abord terrestre, puis marin.
Cependant, malgré ces avancées indéniablement positives, les pays scandinaves dépendent encore fortement des énergies fossiles. Depuis 1980, la production de pétrole et de gaz n’a cessé d’y augmenter. Malgré l'hostilité des ONG et de sa propre administration, la Norvège a, depuis 2016, ouvert à l’exploration pétrolière un nombre record de blocs dans les eaux arctiques.
Michel Prouteau, conseiller en investissement installé à Oslo, souligne efficacement ce paradoxe lié à la production d’énergie en Norvège : « Grâce à la taille modeste de leurs populations, les pays nordiques sont très agiles, ce qui leur permet d'engager rapidement des projets porteurs de sens tant au niveau national qu'au sein des communautés locales. Surtout, ces pays ne manquent pas de ressources financières (issues paradoxalement des hydrocarbures pour la Norvège, ce qui ne manque pas de placer ce pays dans une sorte de schizophrénie nationale). » (Les Échos)
La Finlande, elle, développe depuis les années 2000 un EPR (European Pressurized Reactor) et continue ainsi dans la voie du nucléaire. Par ailleurs, elle utilise toujours la tourbe, énergie très émissive et très critiquée d’un point de vue écologique.
Les controverses liées aux projets d’énergies renouvelables constituent aussi un paradigme important à prendre en compte pour analyser l’efficacité de ces démarches écologiques. L’hydroélectricité, notamment dans les zones du Nord et zones autochtones de Norvège, a engendré des tensions (déplacement de populations, impacts sociaux) lors de la construction de barrages. Ces grands projets d’énergies vertes sont loin d’être sans conséquences.
Par ailleurs, le mode de vie et de consommation des pays nordiques est aussi un frein au développement durable. Même si les infrastructures énergétiques sont vertes, le modèle nordique écologique peut être qualifié d’« écologie de surconsommateurs » : la consommation d’électricité par habitant est très élevée, et même s’il est normal qu’elle le soit plus que dans d’autres pays en raison des températures extrêmes et du besoin de se chauffer, celle-ci ne cesse d’augmenter.
Une part très importante des émissions liées à la consommation des pays nordiques provient aussi des biens importés : ils consomment des produits dont la production émet beaucoup, mais ces émissions sont « exportées ». Il ne faut pas oublier que les pays Scandinaves ont un IDH (Indice de Développement Humain) élevé et que leurs populations disposent donc d’un fort pouvoir d’achat.
Chaque individu consommerait en moyenne plus de 32 tonnes matérielles par an, bien au-delà d’un seuil durable estimé autour de 7 tonnes. Sur six mois, le panier d’achat moyen d’un Norvégien en ligne s’élève à 987 euros, contre 487 euros pour un Français, en sachant que la plupart de ces achats sont effectués sur des sites étrangers.
Un exemple révélateur de cette course persistante à la consommation est celui de la route maritime du Nord : la Norvège souhaite transformer le petit port de Kirkenes en un « nouveau Singapour », c'est-à-dire en un nouveau carrefour commercial mondial. Cela lui permettrait d'exporter encore plus de pétrole, vers l'Asie notamment.
D’après un classement de l’ONU qui note les pays selon leur impact environnemental, la Norvège fait partie des 15 plus vertueux. Mais si l'on prend en compte la pollution qu'elle exporte, elle plonge, selon la même source, au 128e rang !
Alors, les pays scandinaves sont-ils les meilleurs en matière d’écologie ?
Sur de nombreux critères, très probablement, mais leur modèle n’en reste pas moins largement perfectible ainsi que critiquable. Il est important de garder à l’œil les conséquences climatiques des exportations et importations, ainsi que des modes de vie et de consommation adoptés dans ces pays ayant un IDH élevé.



