Joséphine Dao-Devenyns : « Donner de la visibilité aux associations est la meilleure manière de les remercier. »
- Esther Laborde
- 27 janv.
- 5 min de lecture
Journaliste en formation, Joséphine Dao-Devenyns a créé, il y a tout juste deux ans, son propre média Rêves Solidaires, pour mettre la lumière sur les associations, les bénévoles et les bénéficiaires. Si Le Miroir l’a interviewée dans le cadre de notre thème du mois « Tous journalistes », c’est avant tout parce qu’elle incarne une nouvelle génération qui, à travers la création de médias en ligne et de formats innovants, révèle ce qui reste souvent invisible.

Joséphine Dao-Devenyns, fondatrice de Rêves Solidaires
Peux-tu te présenter brièvement ?
J’ai 22 ans, je suis originaire de Nantes, je suis venue à Tours pour mon master à l’École Publique de Journalisme de Tours. Passionnée de sport, j’ai longtemps fait du judo, et mon objectif à l’issue de l’école est de devenir journaliste spécialisée dans les faits divers et les sujets de société plus généralement.
Peux-tu nous présenter ton média « Rêves solidaires », ainsi que la forme qu’il prend ?
J’ai créé « Rêves solidaires » en 2024. C’est un média qui met la lumière sur les associations, en tout genre. Il prenait au départ seulement la forme d’un podcast, puis le format vidéo pour Instagram et TikTok est venu naturellement. C’est un format qui me plaît, qui fonctionne, et surtout qui sert le concept. Il donne un aspect beaucoup plus personnel, et permet de mieux présenter les associations aux personnes qui veulent s’engager. Quand je collabore avec les associations, je leur laisse le choix si elles préfèrent faire un format audio ou vidéo. Il s’avère que depuis quelques mois, c’est plutôt la vidéo qui fonctionne.
Quel a été l’élément déclencheur qui t’a donné envie de lancer ce média ?
Disons que j’ai eu une enfance difficile. Je suis l’aînée de ma fratrie. J’ai dû avoir recours à des associations à l’époque, mais c’était plutôt des banques alimentaires comme les Restos du Cœur. Et puis la chance, ou bien le courage, m’ont finalement permis de m’en sortir. Cela ne fait que trois ou quatre ans que je suis stable, et que j’ai moins recours à ces associations. Maintenant que je vais mieux mentalement, il est logique pour moi de donner mon temps à des actions solidaires. Ce sont des personnes qui m’ont aidée, et j’aime à mon tour rendre ce qu’on m’a donné. La meilleure manière de remercier le plus de monde possible et ce milieu-là, c’est leur donner de la visibilité. J’ai eu l’idée de ce média parce que mes études en communication et journalisme me donnent les outils pour produire du contenu de qualité, dans ce domaine en particulier.
Combien d’associations as-tu rencontré depuis le début ?
Je dirais une vingtaine. Mais j’ai également participé à un festival où j’ai eu l’occasion de collaborer avec d’autres associations. C’était lors du festival Spot à Nantes, qui valorise l’engagement des jeunes Nantais. On était tous réunis une après-midi sur le Cours Saint Pierre. J’ai d’ailleurs été élue projet coup de cœur de la maire de la métropole, Johanna Rolland.
Tu abordes des sujets graves et très sérieux lors de tes interviews. Est-ce qu’au départ, tu as eu des problèmes de légitimité à te lancer dans ce milieu ?
Pour être honnête, j’ai toujours cru en mon projet. Il est assez niche, et surtout inédit. C’est le retour que j’ai des « assos » avec lesquelles je m’entretiens.
Le manque de communication est aujourd’hui un problème pour les associations, pour se faire connaître, recruter des bénévoles... donc quand quelqu’un propose d’aider gratuitement à gagner en visibilité, ça les touche. Voilà pourquoi je n’ai jamais vraiment douté. Pour me sentir légitime il fallait forcément que les associations adhèrent au projet. À ce jour, je n’ai essuyé aucun refus. Je pense que ça me permet de continuer à y croire.
Quelles difficultés peux-tu rencontrer lors de tes tournages ?
J’ai de la chance, tout s’est toujours très bien passé. J’ai pour habitude de rencontrer les « assos » quelques jours avant les tournages pour instaurer un climat de confiance. C’est l’occasion pour elles de me parler de leur asso, de leurs engagements, de leur fonctionnement. Je leur parle également de mes valeurs, de ce que je veux faire dégager en parlant d’eux... ça me permet de ne pas seulement échanger des mails en amont mais d’établir un contact plus humain. De toute façon, le maître-mot est l’adaptation : chaque association est différente.
Après, il y a une difficulté que je peux rencontrer, ça a été le cas lors du tournage à La Barque, un café associatif à Tours, c’est qu’il y a des bénéficiaires, souvent des personnes isolées ou sans-abri qui ne veulent pas forcément être filmés.
Le défi est de pouvoir faire ressortir les bienfaits d’une asso sans montrer ceux qui en bénéficient. Sauf que pour mettre en lumière une association, le mieux est, selon moi, de donner la parole à quelqu’un qui bénéficie de ces services, ce sont les personnes les mieux placées pour en parler. Mais je suis contente parce que cette vidéo sur La Barque est celle qui a le plus « percé » sur Tik Tok. J’ai reçu des messages de personnes qui voulaient s’engager, devenir bénévole... quand j’ai ce genre de retour, je me dis que mon objectif est réussi.
Quelles sont les spécificités des associations que tu rencontres ?
Il y a de tout. Récemment par exemple, j’ai rencontré une asso qui met en avant des profils artistiques sur la ville de Tours. La veille, j’avais rencontré une dame qui a perdu sa fille d’une maladie. Elle m’expliquait que ce qui lui manquait quand sa fille était hospitalisée, c’était de pouvoir partir en vacances en famille. Elle a donc créé des « tiny houses » dans des domaines autour des Châteaux de la Loire pour les familles qui ont des enfants malades. Voilà, ce n’est qu’un exemple, mais ça en dit long sur la diversité des associations rencontrées.
Est-ce qu’il y a une rencontre ou un tournage qui t’a véritablement marquée ?
Je vais en reparler, mais pour l’instant c’est La Barque, ce café associatif à Tours. J’y suis restée une matinée entière. Il ne s’agissait pas de filmer en continu, pour bien saisir de quoi il est question. J’ai beaucoup discuté, que ce soit avec les bénévoles et les bénéficiaires. J’ai notamment pas mal parlé avec une dame là-bas, qui est à la rue. Je l’ai croisée quelques jours après dans la rue, en état d’ébriété, et ça m’a permis de prendre du recul, de me dire tout n’est pas tout beau tout rose. Ces associations aident énormément, mais elles ne sauvent pas forcément.
Les assos apportent du matériel, du soutien psychologique, moral, de la discussion... mais elles ne peuvent pas verser des salaires. C’est aussi pour ça que les bénéficiaires se tournent vers différentes associations, qui travaillent elles-mêmes en réseau. Elles se complètent toutes.
Comment aimerais-tu voir évoluer ton média par la suite ?
J’aimerais vraiment bien m’ancrer dans la vie associative à Tours : rentrer pleinement dans cet écosystème d’associations, me faire des contacts... c’est un réseau qui marche beaucoup grâce au bouche à oreille. J’ai aussi pour objectif de passer en statut associatif, pour deux raisons. Tout ce que je fais aujourd’hui pour le média est financé par mes soins. Et passer en association me permettrait de récolter des dons, de pouvoir faire évoluer mes services, avoir plus de matériel pour aider les associations, organiser des récoltes de dons etc. Mais tout va se faire étape par étape.
L’idée de base de podcast pourrait également disparaître parce que, comme je l’ai dit, le format vidéo marche beaucoup mieux, et permet une meilleure visibilité : un Reel tombe dans ton fil d’actualité grâce à l’algorithme.
Est-ce que tu aimerais inclure d’autres personnes dans ce projet ?
Oui évidemment, ce serait génial d’avoir un vrai petit média avec une petite équipe à temps plein, où on se mettrait à fond pour créer du contenu très qualitatif. Je travaille toute seule dessus, même si je suis aidée ponctuellement par mes proches. Ça me permet de pratiquer le matériel technique en journalisme donc ce n’est pas déplaisant. Le contenu que je fais actuellement, j’en suis satisfaite, parce que je le fais avec mes moyens, à l’iPhone. Mais j’aimerais gagner un peu en abonnés, pouvoir m’acheter une caméra, avoir des personnes fortes en montage.



